HISTOIRE D’UNE IMAGE / 5
4/  Thème imposé : la ville

La ville qui jamais ne s’endort…

Par sa complexité la cité offre aux regards une myriade de sujets imbriqués les uns dans les autres. Cet espace labyrinthique me donne la sensation d’un lieu ponctué d’ouvertures et de sas dans lequel le mot liberté change d’aspect et se couvre d’un voile opaque comme pour se rendre invisible…
La ville empile les corps dans des cases, la rue en tant que vecteur de déplacement et un lieu d’échanges, c’est là que je voudrais toucher du doigt (ou de l’œil) ces émotions qui m’assaillent quand mon regard s’y perd. Pour cette thématique j’ai d’abord pensé montrer le contraste  entre la cité Médiévale (Carcassonne) et la ville actuelle mais les faibles lumières des jours actuels m’ont amené à garder mon objectif tout en changeant les moyens d’y parvenir : construire moi-même l’environnement urbain à l’aide de cartons et de papiers de soie. Dans cette image nocturne (parce que la ville montre son âme quand le jour glisse dans les caniveaux) j’ai voulu évoquer l’impossible communication des êtres, la nature profondément disproportionnée des corps face au bâti. Le rapport entre la modernisation de la société et le poids qu’elle fait peser sur l’humain apparaît alors dans toute sa complexité au travers d’un dispositif d’une grande simplicité. Voilà le propos de cette image qui m’a donné du plaisir dans sa réalisation en retrouvant mes gestes d’enfant, cet enfant qui connut la ville et la fit sienne dans ces longues marches silencieuses en quête d’un autre soi, pour rencontrer la vie…

À bientôt pour une nouvelle histoire d’image…

HISTOIRE D’UNE IMAGE / 4
4/  Thème imposé : hiver

En attendant le dégel…

Rendre compte d’une saison sur le plan visuel peut s’avérer un petit casse-tête de prime abord. Je dois avouer que ce n’est pas ma saison favorite, je crains le froid comme la peste ! Cependant la chance sourit aux innocents comme aux frileux. Sans trop savoir pourquoi je me suis retrouvé sur le parcours d’un petit lac que je connais par cœur et qui pourtant n’est jamais vraiment le même. La nature a ceci de particulier de ne jamais présenter le même visage, chacune de ses aubes est originale et la lumière (les lumières devrais-je dire)achève de leur conférer une certaine singularité

fille de l'hiver

Ce jour-là à peine sorti de ma voiture je tombe sur une flaque d’eau gelée, une mini patinoire squattée par quelques feuilles de chêne que l’automne abandonna au vent glacial. Bien sûr j’ai procédé à une redistribution des rôles en replaçant deux d’entre elles devant mon objectif, disposées selon les stries incrustées dans la fine pellicule de glace. Temps de prise de vue estimée à moins de cinq minutes (0 degré ça rend véloce !!) pour un post-traitement de quinze minutes dans mon Lightroom. Un peu de saturation a fait ressortir les couleurs d’origines comme ce bleu capté presque en contre-jour, que j’ai quelque peu magnifié et qui fait plonger le ciel sur la terre engourdie. Dans cette représentation de l’hiver j’aime la note automnale des feuilles comme pour dire que chaque saison naît de la précédente. La morale de l’histoire est qu’il ne faut pas s’interdire d’intervenir sur la scène à capturer, j’appelle cela une intention photographique et j’en tire un immense plaisir qui dure encore à chaque lecture de cette image.

À bientôt pour une nouvelle histoire d’image…

HISTOIRE D’UNE IMAGE / 3
1/ Thème imposé :  Partie du corps

E.T. phone home

Quand on pense au corps, la main et l’œil viennent en premier à la conscience car ces parties possèdent des avantages réels sur le reste. Ils sont les prolongements de l’esprit pour voir et faire. Pour ces raisons j’ai d’abord porté mon choix sur autre chose histoire de ne pas faire comme tout le monde ! Mais je me suis rapidement heurté au problème de l’intimité et de la pudeur, au tabou de la nudité contenu dans le sujet lui-même.

Exit donc les parties charnues et trop proche de ce que l’on ne donne pas à voir en public (au public). Au petit jour de ma séance un rai de lumière frappant le mur de mon salon m’a donné l’idée…J’ai opté pour une ombre de ma main ! Avec mon boitier à main levé j’ai réalisé une série d’images un peu dans l’esprit de Murnau mâtiné d’extraordinaire ( il me semble reconnaître le doigt d’E.T.).

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L’ombre est un magnifique sujet d’étude et d’expérience pour le photographe, c’est un monde à part jamais épuisable et un clin d’œil plaisant aux jeux de nos enfances.

Mon insatisfaction profonde m’a poussé à faire une autre série d’images basée sur le reflet de mon visage dans une photographie accrochée au mur. J’ai utilisé mon smartphone qui passe plus inaperçu et offre d’autres possibilités de prise de vue. La difficulté à faire une mise au point sur un verre réfléchissant donne une image sans netteté véritable, j’ai donc choisi l’ombre de ma main pour illustrer ce thème même si je garde un faible pour ces autoportraits. Le reflet est lui aussi un formidable champs d’investigation visuelle et un super potentiel pour la composition. Ombres et reflets sont des traces de lumière qui s’invitent au cœur du champ visuel pour semer un trouble propice à l’expression de la poésie et de l’extra-ordinaire.

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À bientôt pour une nouvelle histoire d’image…

HISTOIRE D’UNE IMAGE /2

HISTOIRE D’UNE IMAGE / 2
Thème imposé :  Éclairage à la bougie

Flamme d’une vie…

Le principe d’un thème imposé permet une confrontation directe entre nos désirs plus ou moins conscients et une réalité qui nous est étrangère. La plupart du temps le sujet ne nous parle pas de prime abord, il nous faut se soumettre à la direction imposée, prendre un chemin inconnu, accepter la difficulté comme une invitation à grandir…

La bougie ne fait pas partie de mes centres d’intérêt, je privilégie la lumière solaire à toute autre, voici donc un défi hors de ma zone de confort…
Comme chaque fois qu’il s’agit de produire une image à base d’objets mis en scène je me trouve devant l’angoisse de la page blanche ou plutôt d’une pénombre insondable. Je cale dès la première mesure du morceau, je me trouve vide d’imaginaire et commence à me demander si je ne vais pas laisser tomber (oui je sais ce n’est pas bien de manquer de persévérance à ce point mais n’y a-t-il pas un grand manque de confiance à l’origine de tout acte créatif ?)…
Je ne laisse jamais tomber et pour cette raison seule je m’enchante toujours de mon résultat tant il me paraît improbable à concevoir au départ et tant il me semble évident à l’arrivée. Je m’explique. Le principe repose sur la rencontre d’au moins deux choses, deux objets tendus à la lumière. Contrairement à ce qu’on pourrait croire au premier abord mon sujet était le pot de verre qui devait emprisonner la bougie. Après quelques essais peu concluants je pris le parti de chercher un autre sujet tout en conservant le premier. La statuette était sous mes yeux, je l’ai emprunté pour remplacer la bougie que j’ai seulement déplacée derrière. À ce stade l’histoire était partiellement écrite, j’ai complété la scène avec un autre pot et une autre bougie placée derrière la première. Ainsi est apparue cette image dont je dois reconnaitre qu’elle me laisse encore perplexe après plusieurs lectures.

Certains objets ont la capacité de porter une charge symbolique puissante. Cette bulle de verre où se tient une nymphe diaphane peut s’interpréter de mille manières (j’exagère quelque peu pour le plaisir), ce qu’elle représente vient se heurter aux parois glissantes et lucides (pour ne pas dire transparentes…) d’une cage qui la protège et l’isole comme une idole. Je ne suis pas là pour faire ma propre interprétation, je préfère la vôtre, celle que je ne connais pas mais qui vibre dans l’air chaud de cette image. J’avais imaginé au départ faire un autoportrait, au vu du résultat final forcé est de constater qu’après trente minutes de prise de vues, mes mains, mes yeux et la lumière ont accouché d’une chose que j’étais loin d’imaginer.
En photographie, même si on ne sait pas ou on va, on va forcement quelque part et quelque ce part est un enfant de l’imaginaire accoudé au parapet du réel…
Donnons-nous la chance de la rencontre avec cet instant magique, prenons deux objets, offrons-les à la lumière et perdons notre sens du raisonnable.

À bientôt pour une nouvelle histoire d’image…

HISTOIRE D’UNE IMAGE
1/ Thème imposé :  Lumières du soir
Se plier au jeu du défis photographique c’est vouloir piocher dans son monde intime une parcelle de lumière vierge de tout regard. Mettre à jour une image qui a patiemment attendu le moment de sa mise monde permet de jalonner le chemin de son propre processus créatif, comme autant de petits cailloux qui nous connectent l’imaginaire au réel…
J’avais en tête de faire un autoportrait en pose longue, une image dans les ruelles de mon village un peu avant l’heure bleue. J’ai rejoint le lieu où se tient une sculpture livresque de Lebovici avec l’idée de réaliser un peu de light-painting à l’aide d’une lampe de poche. Malgré plusieurs essais j’ai finalement mis fin à la séance sans être convaincu du résultat. A ce moment là on se dit plein de noms d’oiseau, qu’on est nul, qu’on est sorti trop tard, que c’est perdu…Presque devant chez moi j’ai posé mon pied photo devant une librairie encore ouverte pour y faire une image à laquelle j’avais déjà songé en passant devant trente minutes plus tôt. Comme je devais me situer sur la chaussée pour déclencher, une voiture m’obligea à déplacer le pied en plein dans la prise de vue. J’ai récupéré mon appareil sans stopper la prise de vue.
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Ce petit hasard est à l’origine de la photo que j’ai sélectionnée pour la publication. Le déplacement du boitier à crée ces traces de lumières sans que je ne l’ai vraiment décidé. Cette part accidentelle me semble riche d’enseignement : peu importe l’objectif poursuivi du moment que surgit la grâce de l’improbable. Cette image contient les ingrédients de plusieurs histoires (avez-vous remarqué le personnage au fond de l’image ?), les mots contenus dans l’image sont comme les points de repères d’une lumière mobile et intenable,  comme un agrégat dont chacun piochera la symbolique qui lui plaira ou qui lui parlera et qu’importe si Abélard ne trouva jamais la paix, seul compte à présent le chemin que parcoure le mystère de la nuit, de l’œil à l’esprit et de l’esprit au cœur.
Comme quoi se fixer des objectifs inconnus permet d’explorer son univers intime avec un œil neuf…

À bientôt pour une nouvelle histoire d’image…